La scène se passe en Russie, au début de notre voyage. Nous sommes le 30 août et aujourd’hui est le dernier jour de validité de notre visa russe. Il nous en a fallu du temps pour traverser cet immense pays et nous avons tellement conscience de n’en avoir vu qu’une infime partie ! Cet aperçu nous donne définitivement envie de revenir. Il est alors prévu de faire notre retour par la Russie.

Mais pour l’heure, la Mongolie nous attend.

Nous avons dormi à 120 km de la frontière sur le bord de route devant un restaurant, dans un paysage qui a déjà changé d’allure. Des étendues peu boisées, presque désertiques, de la poussière qui vole, des Ovoos sur le bord des routes. Nous prenons notre petit-déjeuner tranquillement: il n’y a pas d’urgence. Même si la route est mauvaise, en trois ou quatre heures maximum, nous y sommes !

10h. Nous démarrons. Un vent d’allégresse traverse le camion. La Mongolie ! Le pays qui me fait tant rêvé ! Nous y dormirons ce soir.

Soudain, l’attitude de Vincent trahit un problème sérieux sur le camion. Il a enfoncé la pédale de l’accélérateur mais celle-ci n’est pas revenue dans sa position initiale et reste enfoncée. Le Liber’Thiry ne cesse d’accélérer. On se croirait dans un film d’action! Un mélange de « Speed » et d' »Indiana Jones ». La priorité : arrêter le Liber’Thiry! Pour ce genre de réflexe, heureusement, on peut compter sur Vincent. Tout en maintenant la trajectoire d’une main, il plonge sous le tableau de bord pour remettre de l’autre main la pédale récalcitrante en place. Mais la manœuvre échoue. Le Liber’Thiry ne veut rien entendre. Vincent ne manque pas d’idées : il rétrograde et freine en alternance jusqu’à réduire la vitesse. Ensuite, il met soudainement la plus haute vitesse pour être en sous-régime et faire caler le moteur! Ça fonctionne! Et on peut enfin arrêter cette course folle sur le bord de route.

Après un bref moment pour reprendre nos esprits, nous analysons le problème. Mais un obstacle majeure se dresse face à nous: notre manque de connaissance de la mécanique! Plein de questions et aucune réponse… Pourquoi l’accélérateur n’est-il pas revenu dans sa position initiale?! Quelle pièce a « merdé »? Et déjà, comment fonctionne ce p#*¥%*# d’accélérateur?!

Vincent passe la tête sous le camion ( nous n’avons pas de capot) et essaye de voir la pièce défectueuse?! Autant chercher une aiguille dans une botte de foin … mais le temps joue contre nous et ce n’est absolument pas le moment de céder à la marée de désespoir qui menace de nous engloutir. Donc, c’est parti : cherchons l’aiguille!

Je me place derrière le volant et actionne la pédale coupable tandis que Vincent tente de comprendre comment tout cela est relié au reste, en observant les mouvements sous le véhicule. Je viens l’aider, persuadée que deux têtes valent mieux qu’une. Un instant, nous pensons avoir trouvé le problème… un fil proche de la barre d’accélération semble avoir été détaché… Finalement ce n’est pas cela. (D’ailleurs, nous ne saurons jamais à quoi ce fil correspondait ni s’il aurait dû être rattaché à quoique ce soit.)

Pris d’une inspiration soudaine qui tient autant de la croyance au miracle que de l’idée de génie, Vincent imagine que le problème peut s’être résolu de lui-même… il se met derrière le volant, démarre, accélère et cale immédiatement! Non, le miracle n’a pas eu lieu…

La route est peu fréquentée mais des voitures passent. Nous envisageons la possibilité de demander de l’aide… mais comment expliquer le problème alors que nous ne comprenons pas notre propre camion. Un coup d’œil sur la montre nous incite à prendre une décision et vite. Il est plus de 14h.

Finalement , nous continuons à chercher… La tige métallique de l’accélérateur passe de la gauche du camion à la droite sous le moteur. Le problème se situe peut-être de ce côté-là. Nous observons perplexes le labyrinthe de tuyaux, tiges métalliques et fils en tout genre, essayant de repérer des points connus, en se remémorant les explications du vendeur et de Jean-Jacques… qui furent nos deux seules approches de la mécanique du camion, avant le départ.

– Euh, ça, c’est le Wabesto! Et au-dessus?!

– Là, c’est le moteur ! Ok, et ce fil, c’est quoi?!

-????

Puis, je me souviens que le jour de l’achat, tandis que nous faisions le tour de la mécanique avec Kristijan, le vendeur croate-allemand qui nous inondait de conseils précieux et de recommandations indispensables en anglais, j’avais cru utile de faire quelques photos et dessins pour illustrer ses explications que je notais à la hâte dans un calepin. Nous sommes certains qu’il n’avait pas abordé la fiche « accélérateur ». Mais qui sait? Peut-être une photo prise ce jour-là pourrait nous aider!! Vincent n’a heureusement rien effacé de cet après-midi d’avril (5 mois plus tôt!) et tels des « Experts en Russie », nous passons en revue les photos en les comparant à ce que nous avons sous les yeux, jouant au jeu des 7 différences sauf que nous n’en cherchons qu’une seule! Celle qui fera précisément LA différence!

C’est moi qui décèle dans le coin supérieur gauche d’un cliché , l’anomalie. La photo n’est pas cadrée sur cette partie mais il semble évident lorsqu’on agrandit que quelque chose ( un ressort visiblement ) se trouvait là en avril et est absent aujourd’hui. Nous testons immédiatement notre hypothèse : de retour dans le poste de pilotage, j’observe la pédale revenir à sa position initiale lorsque Vincent joue avec la tige! Hourra! Nous avons trouvé ! Il ne nous manque qu’un ressort! Rien de terrible.

Oui mais en fait, nous n’avons pas de ressort. Vincent fait demi-tour à pied pour essayer de trouver sur le bas-côté le ressort qui aurait sauté… mais où l’avons-nous perdu exactement?! Il me semble que nous avons parcouru une assez longue distance avant de pouvoir nous arrêter.

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin! Alors, deux aiguilles sur la même journée…

Bon, réfléchissons : qu’est-ce qui pourrait remplacer un ressort?!

Je propose mon élastique de couture, que j’avais prévu pour réparer l’une ou l’autre chose: une jupe, un pantalon, un camion (?!)

En s’y mettant à deux, nous triplons l’épaisseur de l’élastique et le serrons de toutes nos forces pour qu’il fasse le travail du ressort manquant. Nous devons nous y prendre à plusieurs reprises pour avoir la tension nécessaire. Les mains et les vêtements sales, nous observons la réparation, plus inquiets que satisfaits:

– Est-ce que cela va fonctionner?!

– Y a plus qu’à essayer…

Vincent démarre, appuie sur l’accélérateur et relâche! « Yes! »!

Cependant, un nouveau dilemme se présente à nous: trouver un garage pour remplacer notre réparation de fortune par un véritable ressort ou continuer vers la frontière… il est 15 H 30 et il nous reste une bonne heure de route. Hélas, il n’y a pas de garage signalé sur le trajet vers la frontière.

Mais le doute nous taraude: un élastique de couture peut-il vraiment faire le travail du ressort sur une longue distance?

Nous repérons sur le GPS un garage 20 km avant notre position et malgré le temps qui presse, nous faisons demi-tour.

Arrivés dans un petit village, nous nous arrêtons devant le supposé garage qui ressemble plus à un atelier où deux petits jeunes en habits de mécanos somnolent. Il n’y a pas grand chose comme outils dans leur hangar et je sens le découragement poindre à l’ horizon! Mais quel autre choix avons-nous?!

Bien sûr, aucun d’eux ne parle anglais. Mais lorsque nous leur montrons le problème, ils savent exactement ce qu’il faut faire. En les regardant s’activer, je prends conscience de ma méprise: ils sont plus âgés que ce que j’avais cru au premier abord. Leur physionomie mongole rend difficile l’estimation de leur âge. Ils en profitent pour retendre nos courroies et nous expliquent leurs réparations en dessinant sur la terre poussiéreuse.

Le prix de la réparation est modique et nous ajoutons un pourboire et de nombreux sourires comme signes de gratitude.

Mais il est temps d’y aller. À quelle heure ferme la frontière ?! D’ailleurs une frontière, ça ferme?! Ben oui, sûrement !

C’est parti pour une course contre la montre. Le dernier tronçon est dans un très mauvais état et nous fait perdre beaucoup de temps mais nous finissons par atteindre la frontière une demi-heure avant la fermeture.

La douanière russe nous félicite même, sous-entendant tous les grosses emmerdes que nous aurions pu connaître si nous étions arrivés une demi-heure plus tard.

Soulagés et fiers de nous, nous pénétrons en Mongolie sous le ciel étoilé.

Nous nous arrêtons dans un petit restaurant après la frontière où une femme mongole nous accueille chaleureusement. La nourriture est excellente et nos voisins de table sont des moines bouddhistes, les premiers que nous rencontrons. Par la suite, nous rencontrerons de nombreux autres moines et nous reverrons nos positions sur la gastronomie mongole!

Ce soir-là, on s’endort dans la peau de Mac Gyver ( réparer un camion avec un élastique, il ne l’a jamais fait, lui?! Si?!) sans nous douter que nous serons amenés à revivre ce genre de moment dans un avenir proche…

Prochain épisode: le jour où le Liber’Thiry a failli partir en fumée…

6 thoughts on “Le jour où nous avons failli avoir de gros soucis avec la Russie.”

  1. Bonjour
    Si un jour il vous arrivait de dépasser la date de votre visa, avant de passer la douane, appeler votre ambassade ou consulat et ils vous guideront pour régler le problème: ne jamais croire les douaniers … Je parle par expérience car cela m’est arrivé en Russie… Bonne route à vous

  2. J’espère que tout ces tracas seront racontés dans un magnifique livre d’aventure, avec photos à la clef, les tracas et les aventures heureuses et fantastiques aussi
    Potez vous bien bises
    Mamyvette

  3. Pour le suspens, enfoncé Hitchcock ! Mais je suis d’accord avec Yvette : il faudra écrire un livre !!
    Que les cieux vous soient favorables en Birmanie !

  4. waow pfiuuuu quel stress, mais trop fort le coup de l’élastique et bien vu pour l’aiguille 🙂 chapeau 🙂 Mac Gyver n’a qu’à aller se rhabiller hihi. Quel plaisir de vous lire 🙂 bonne continuation

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