16 mars 2018

( à lire en écoutant « Space Oddity »)

Ground Control to Major Tom

Ground Control to Major Tom

Take your protein pills and put your helmet on

La voix de David Bowie peine à s’élever pour couvrir le bruit du moteur et des vibrations à l’intérieur du Liber’Thiry. Il faut dire que la musique émane d’un minuscule appareil. Notre auto-radio ne fonctionne plus depuis des mois. Le problème pourrait être résolu rapidement sans doute… Le fait est que personne n’a envie de s’en occuper pour le moment. Il y a eu des problèmes plus graves, des soucis plus embêtants, des décisions plus cruciales,… alors vérifier le branchement des baffles, on s’en fout carrément! Plus tard… peut-être…

Et puis il y a le petit appareil qui dépanne bien. Sans le bruit du moteur, il serait parfait.

Dans quelques secondes, la musique se fera de toute façon plus intense.

Ground Control to Major Tom

Commencing countdown, engines on

Check ignition

and may God’s love be with you.

Ça y est!

This is Ground Control to Major Tom

You’ve really made the grade

Par la vitre grande ouverte, Bangkok défile, s’illuminant progressivement pour contrer l’obscurité grandissante. Bientôt il fera nuit noire.

And the papers want to know whose shirts you wear

Now it’s time to leave the capsule if you dare.

Les accords de guitare et la batterie du tube de 1969 rythment notre traversée de la capitale thaïlandaise. Les embouteillages sont derrière nous. La route est libre et le Liber’Thiry s’en donne à cœur joie.

Nous sommes libres.

La chanson semble répondre parfaitement à l’instant, elle l’accompagne et lui donne une intensité supplémentaire. Prodige que seule la musique est capable d’accomplir.

Je mêle ma voix à celle de Bowie, avec l’impression d’être le Major Tom, prête pour le grand saut.

This is Major Tom to Ground Control

I’m stepping through the door

And I’m floating in a most peculiar way

And the stars look very different today.

J’adore la manière dont il chante « today », comme un cri d’espoir, comme si sa vie en dépendait !

Sans raison précise, cet instant banal revêt une intensité rare. Je goûte à cela. L’impression de m’emplir de tout ce qui m’entoure : la voix de Bowie et celles des enfants qui jouent à l’arrière, l’odeur de la nuit qui m’arrive du dehors, les secousses régulières du Liber’Thiry sur cette autoroute qui mène vers le Nord de la Thaïlande, le vent encore chargé de la chaleur du jour… et puis autre chose aussi, quelque chose d’indéfinissable et qui vient englober l’ensemble, qui le transcende comme dans les plus purs moments de félicité, pour rendre l’instant sublime.

Oh, comme j’aime cette sensation où tout notre Être vibre en harmonie avec l’Univers!

For here

I’m sitting in my tin can

Far above the world

Après les dernières réparations au garage de Mr Schumacker ( alternateur, freins, vitre,…) , après la tension des dernières semaines due à l’incertitude de notre itinéraire de retour ( shipper ou non vers l’Iran?!), après l’émotion des ´au revoirs’ à notre famille ( Papy et mamie sont rentrés en Belgique lundi dernier), à nos amis ( Jane et PA ont pris la route pour la Malaisie où ils « shipperont » vers Dubai), nous prenons la route vers Chiang Mai, avec l’impression d’un nouveau départ à près de 8 mois de voyage.

Les angoisses en moins.

Planet Earth is blue

And there’s nothing I can do

On en a déjà tellement vécu, des aventures. Celles qui s’annoncent ne seront sans doute pas plus terribles. On l’espère du moins.

Though I’m past one hundred thousand miles

I’m feeling very still

And I think my spaceship knows which way to go

Tell my wife I love her very much She knows

Car nous avons choisi la voie terrestre pour ce retour à la maison. Dans deux semaines, nous entrerons en Birmanie et ensuite la traversée de l’Inde, du Pakistan ( oui, oui, nous serons prudents. Promis!), de l’Iran, de la Turquie, et encore la Grèce et puis et puis…

Ground Control to Major Tom

Your circuit’s dead

There’s something wrong

Can you hear me Major Tom

Can you hear me Major Tom

Can you hear me Major Tom

Pendant un moment, nous avions envisagé un autre itinéraire car les visas indiens sont impossibles à obtenir en Thaïlande, pour les étrangers. Le visa pakistanais est long à avoir. Puis, finalement, le prix du shipping a grandement aidé à la prise de décision. Nous passerons par la terre. Et puis, nous rêvions de voir l’Inde même si nous ne ferons que l’apercevoir. Ainsi, mes parents sont rentrés en Europe avec nos passeports dans leurs bagages. Et nous attendons des nouvelles pour la semaine prochaine.

Here am I floating round my tin can

Far above the Moon

Mais voilà, notre décision est prise et nous traçons notre nouvel itinéraire. Sereins. Le bonheur flotte dans la cabine du Liber’Thiry. Un bonheur léger. Susceptible de disparaître à tout moment.

Nous tendons le visage face au vent produit par la vitesse, souffle bienfaiteur après la touffeur de la ville, même si nous sommes conscients que la chaleur nous rattrapera dès que nous serons contraints de ralentir. Alors, allons-y! Droit devant. Il n’y a que maintenant qu’y compte.

Planet Earth is blue

And there’s nothing I can do

Peu importe ce que les routes nous préparent de galères et de surprises, nous allons quelque part. Et nous y allons, le cœur apaisé!

La musique égrène ses dernières notes et laisse place au silence.

Au revoir Bangkok.

Merci David Bowie pour ce moment magique…

3 thoughts on “Planet Earth is blue and there’s nothing I can do 🎶🌎”

  1. « Mes parents sont rentrés en Europe avec nos passeports dans leurs bagages. » !?!?!?!
    Intéressant comme méthode pour vous bloquer en Thailande!
    Bon retour à travers l’Inde, Iran, Turquie… Avec un petit pincement au coeur…

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