Voici peut-être LA question la plus entendue avant notre départ? Mais c’est aussi un sujet de conversation récurrent dans notre voyage lors de rencontres avec d’autres familles de voyageurs.

Cela va du confiant : « C’est toi qui leur donnes cours, bien sûr ! » au dubitatif « Et tu crois qu’ils arriveront à rattraper un an sans école ?! » En passant par le philosophique « Mais que représente un an dans une vie en regard à ce que vous leur offrez… »

Euh, d’ailleurs, il serait bon de revenir à l’occasion sur cette notion de voyage-cadeau car le principe ne semble pas si évident pour les enfants…  » Mais, moi, j’avais jamais demandé de partir, je voulais des playmobils plutôt ! »

J’ai toujours plus ou moins esquivé ces questions ou bien mes réponses étaient volontairement vagues. Il s’agissait moins d’une indécision de notre part qu’une difficulté pour moi d’avouer le projet que j’avais en tête. Que va-t-on penser?! Il aura fallu presque la moitié du voyage pour que je prenne confiance (et que je me détache un peu du regard des gens… c’est cela aussi le voyage!) et que je le formule clairement. La réponse à cette question est NON, je ne fais pas « Ecole », ils n’ont pas de programme établi, pas d’horaire. Et pour l’an prochain, nous verrons.

– Mais enfin, pourquoi???? En plus, tu es prof! C’est facile pour toi ?!

Déjà, non ! Ce n’est pas … facile, comme vous dites. Enseigner à ses propres enfants est loin de ressembler au métier d’enseignant. J’en veux pour témoins les nombreux blogs de voyageurs dans lesquels des parents pointent du doigt cette problématique quotidienne qui peut parfois virer au conflit!

– Donc, c’est par facilité que tu ne donnes pas cours?!

S’il est vrai que je n’avais aucune envie de me lancer dans un projet qui s’annonçait par avance conflictuel ( qui connaît le caractère bien trempé de ma progéniture ne me contredira pas!), cela n’est pas la première raison. Il s’agirait juste du petit argument en plus pour nous inciter à nous lancer.

Donc, NON , nous ne faisons pas l’école à nos enfants mais cela ne signifie en aucun cas qu’ils n’apprennent rien. Les apprentissages sont simplement informels ( j’ai découvert, il y a peu, l’existence du terme « Unschooling » sur des blogs d’instruction en famille).

L’origine de ce projet ( et peut-être même de ce voyage au long cours, finalement ) vient probablement d’Apolline. Petite fille vive et curieuse, grande lectrice, elle n’a pourtant jamais su trouver sa place dans une salle de classe, malgré nos multiples tentatives et les excellents instituteurs et institutrices qu’elle a pu avoir. Son opposition était régulièrement argumentée:

– Maman, je ne vais quand même pas retourner à l’école! J’y suis déjà allée hier. Tu crois que c’est amusant de faire tous les jours la même chose! ( boudeuse, 3 ans)

– Papa, je veux encore dormir! Qui a décidé que l’école commence si tôt ?! Il faut lui dire que ce n’est pas possible pour moi. J’ai besoin de dormir! ( à moitié endormie , 5 ans)

– En fait, à l’école, on ne répond pas aux questions que je me pose sur l’univers, les Égyptiens, les insectes,… C’est pas du tout ce que j’imaginais! ( déçue, 6 ans)

– Maman, je vais t’expliquer le problème avec l’école! Pour moi, l’école est comme une prison. On me dit quand rentrer, quand sortir, quand manger, quand apprendre une matière et quand l’arrêter. Peu importe si cela m’intéresse ou pas. Tout est obligatoire et je n’ai aucune LIBERTÉ! ( un peu mélodramatique, 9 ans!)

Elle fut rapidement suivie dans ses idées par son petit frère:

– Je pense que les humains ne sont pas fait pour être enfermés si longtemps. L’humain est fait pour vivre dans la nature! ( Alex, convaincu, 7 ans)

Alors, on s’est dit : pourquoi pas?! Et si on offrait à nos enfants cette LIBERTÉ dont ils rêvent?! En fait, si on s’offrait à TOUS cette liberté, un an de vie dans la nature, dans le monde, pour apprendre AUTREMENT !

PS: Alors que je boucle cet article, nous rencontrons à la gare de Danang un groupe de Belges, venus de Mons, en vacances au Vietnam. En attendant le train qui nous conduira à Hué, on entame la discussion. Très vite, un monsieur du groupe s’avoue intrigué par le fait que les enfants ne fréquentent pas l’école… Et voilà que de nouveau, j’hésite à publier… Que vont penser les gens en Belgique?!

Oh, et puis, zut!

Et, pour ceux que cela intéresse, je compte rédiger quelques articles sur la manière dont j’ai envisagé l’Unschooling avec les 4 A’s durant le voyage !

En vrac, voici une liste non exhaustive de ce que nous avons déjà abordés jusqu’ici : la géographie de l’Asie, les ressources naturelles des différents pays, les techniques de pêche et la récolte du poivre, les ravages causés par des maladies comme la malaria, la rage,… les grandes guerres d’Asie ( guerre d’Indochine, du Vietnam, les Khmers rouges,…) et d’Europe ( guerres mondiales), les principales religions d’Asie ( Bouddhisme, Hindouisme, caodaïsme,…), … les différentes ethnies ( Chams du Cambodge, Hani en Chine, Hmong du Laos, …), l’écologie,… sans oublier, la Poésie … et tant d’autres choses comme le fait de vivre à 6 dans un espace restreint ( de loin, la leçon la plus difficile pour chacun de nous !).

À bientôt, loin des bancs de l’école !

14 thoughts on “Et l’école dans tout ça …”

  1. Très bel article Steph !
    Bien sur que les enfants apprennent et que ce voyage a du sens ! Vous êtes fous de vous être lancé dans cette aventure mais avez écouté vos besoins et avez eu le courage de croire et de réaliser ce rêve, bien plus riche qu’une année scolaire ; )
    J’admire sincèrement votre prise de liberté !
    Bonne Année et belles découvertes !
    Delphine

  2. Ça s’est envoyé, moi je suis d’accord. L’école s’est fait pour ceux qui ne savent pas se cultiver.
    Tu as raison Stephanie, tu tiens le bon bout.
    Et des bisous à Xi’an

  3. C’est effectivement LA question qui revient chaque fois quand je parle de votre voyage. Avec, en sous-titre « est-ce bien raisonnable » et en musique de fond, un peu d’envie de la part de ces personnes bien raisonnables.
    Moi je vous dis : si c’est cela être fou, qu’est-ce que ça doit être bon d’être fou ! et plein d’autres choses que je n’exprime pas bien.

  4. Et bien je vous dis bravo et rien à foutre de ce que pense les autres !!!!
    C’est tellement facile de critiquer d’envier de se plaindre ect
    Vous au moins avez suivi vos envies et je trouve cela super chouette !!!
    Profitez-en un max et dites merde aux autres car la vie est trop courte et puis vous aurez tellement de chose à partager ensuite et à faire découvrir à des personnes qui n’y connaissent rien.
    Bon amusement
    Géraldine Maman Laure et Thibault

  5. Manquer l’école, c’est facile avec des surdoués, même si l’école est faite pour « ceux qui ne savent pas se cultiver ». Après avoir goûté à la liberté cela sera difficile quand ils reprendront la vie normale.
    mais vous êtes là.

    1. Merci Yvette pour ton message. Perdre cette liberté sera difficile pour chacun de nous ( peut-être même moins pour les enfants qui s’adaptent si vite) … à moins que la liberté acquise ne soit pas celle qu’on imagine… à voir dans un prochain article en préparation 😉

  6. Visiblement, ils auront appris plus durant ce voyage qu’en un an sur les bancs de l’école… aucun regret donc, ni aucun remord : votre façon de voyager est une belle façon d’apprendre. Exigeante, difficile, déstabilisante sans doute par moment, mais d’une richesse sans pareille. Profitez-en donc un maximum… c’est le retour qui risque d’être difficile ! ; )

    1. Coucou Stéphanie! Eh bien non, ce n’est raisonnable d’entamer un voyage à travers le monde avec des p’tits Schtroumps en âge scolaire, mais c’est tellement riche à tout niveau et pour chacun d’entre vous. Apprend-on plus en voyage qu’à l’école? Cette question n’a aucun intérêt, de mon point de vue. Une seule certitude : voyager comme vous le faites est une leçon de vie. C’est le choix que vous avez fait et que vous parvenez à gérer, malgré des doutes éventuels. C’est la vie qui continue, autrement que dans notre système scolaire. Aller à l’école n’est pas plus rassurant que parcourir le monde. Ce n’est pas raisonnable, bien sûr, et ce n’est pas une folie non plus. Etre différent, vivre autrement est une façon comme une autre de gérer son existence selon ses envies, ses intérêts, ses émotions, ses conceptions de savoir et du savoir-être.

      Alors, en ce début d’année 2018, ne laissez pas les doutes brouiller votre bonheur de vivre une année exceptionnelle en famille. Poursuivez votre beau voyage, et écrivez ensemble une histoire dont vous êtes les héros

      Amitiés,

      Gerda

  7. Je viens de le découvrir aujourd’hui : « Le cancre », de Jacques Prévert.
    Une excellent réponse à la question posée.

  8. bonjour. Que j’ai aimé lire cet article!
    Quelle libération! « les cahiers au feu et les profs, au milieu! »
    Nous partons de Bruxelles au mois de juillet pour quasi un an avec nos trois enfants. … dont un phobique scolaire de 13 ans! Leur enseigner le programme de 2e, 3e secondaire et de 3e primaire va être un vrai défi! Et je crains que le examens à notre retour (retour prévu début juin 2019 pour passer les examens à l’école) ne soit une douche froide à encaisser…
    Bref, je reconnais mes 3 petits mecs dans les anecdotes que tu apportes . La grandeur et la sagesse des enfants peut être déconcertante. Quand on les éveille à se poser des question, à accepter de ne pas spécialement avoir de réponses toute raides, à regarder le monde par les nombreux interstices qui éclairent nos ombres.
    Belle route!
    Fabienne

    1. Merci pour ce très beau message! Nous rentrons en juillet. Nous nous croiserons donc… mais nous aurons plaisir à suivre vos aventures . Où partez-vous?! Avez-vous un blog? Je vous souhaite une belle suite de préparation…

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