1er juillet – province de Zanjan ( Iran)

Le paysage est verdoyant. Les collines et les monts s’encastrent les uns dans les autres tel un improbable jeu de construction et laissent de temps en temps un espace libre à une vallée pour former un tableau époustouflant et sauvage. En face, le chemin comme une balafre mal cicatrisée sur le flanc de la montagne trahit la présence humaine. Et de temps à autre, nous croisons un âne et son propriétaire, une voiture, un village suspendu … Quant à la route que nous suivons, elle court avec agilité sur les parois escarpées dessinant des lacets qui demandent à Vincent toute sa concentration. La chaleur du soleil s’accroche à chaque élément du paysage et y pèse de tout son poids, donnant une impression tenace d’écrasement et d’immobilité!

Quelque part, à une dizaine de kilomètres derrière cette montagne, se cache dans les monts Albroz, le repaire de la secte fondée par Hassan i-Sabbah: les Nizârites. Cette branche ismaélienne du chiisme est devenue une organisation de tueurs redoutables qui ont donné notre nom commun « assassin »! La légende et les mauvaises langues dont celle de Marco Polo parlent d’une bande d’hommes bourrés de haschich (en arabe, Hashshashin; étymologie farfelue et contestée) et prêts à tout pour accéder au paradis et aux nombreuses vierges qu’on leur avait promis.

Nous arrivons dans un petit village bordé de rizières et encerclés de montagnes. Le GPS s’est emmêlé les lacets et nous a définitivement perdus. Arrivés à une intersection, un homme nous renseigne le chemin vers le château de Lamsar.

Nous faisons halte pour le repas de midi dans le village de Razmiyan qui est le dernier avant la route vers le château.

Le propriétaire de la seule gargote ouverte nous prépare des hot dogs et une pizza. Et puis il s’improvise guide touristique pour visiter la région dont il nous montre les merveilles par photos interposées. Nous déclinons son invitation. Nous ferons le chemin seuls.

Nous reprenons la route sur deux kilomètres et abandonnons le camion pour terminer à pied. Le chemin n’est pas long mais sous le soleil de 16h avec un bon dénivelé, cela épuise les enfants. Mais la vue est magnifique. De gros criquets se jettent par dizaines sous nos pas. Le vent nous contraint à enlever les casquettes et la terre sableuse rend notre avancée incertaine. Sur la droite, surplombant le lit de la rivière asséchée par les températures torrides, les rochers suggèrent des formes qui enflamment l’imagination.

⁃ Oh regardez : on dirait un visage avec des trous de nez!

⁃ Oh oui!

⁃ On pourrait écrire une légende là-dessus!

⁃ La fabuleuse légende des « trous de nez »… c’est vrai que ce serait dommage de passer à côté de cela!

Vincent, son chapeau d’Indiana vissé sur la tête, marche d’un bon pas avec Aurélien. Apolline est un peu à la traîne. Vincent s’inquiète :

⁃ Alors, vous suivez?

⁃ Oui, oui! On marche à notre rythme!

Il ironise en citant Kaamelott:

⁃ Ah oui, voilà! En fait c’est à mon rythme qu’il faut marcher! Dépêchez-vous!

Les enfants réclament de l’eau et rapidement le peu que nous possédions est épuisé. Les ruines du château sont sur la montagne juste en face de nous. L’endroit est paisible. Le vent chaud rafraîchit à peine nos jours rougies par l’effort et la chaleur.

Nous imaginons sans peine ce que les Mongols ont dû affronter pour venir à bout de ces fortresses réputées inexpugnables. Comme il est étrange de se trouver face aux ruines laissées par le terrible Gengis Khan au XIIIe siècle , alors que nous admirions ses steppes natales, il y a 10 mois tout juste… La boucle est en train de se boucler!

Laissant là l’Histoire, nous regagnons le camion pour engloutir l’eau (chaude) qu’il nous reste!

Maintenant, nous faisons route vers Rasht. Demain, nous serons face à la mer Caspienne!

3 thoughts on “Vers le Château des Assassins”

  1. Giono est mort, mais Stéphanie pourrait peut-être le remplacer ? Quel plaisir de la lire !
    Et quelles paysages, quelle ambiance, et pas de touristes pour gâter ces splendides photos.
    Et bravo aux enfants pour la marche,
    Et et et …. tout ce qu’on pense admirativement, mais que je ne sais pas exprimer.

    Bravo bravo bravo.

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