1/12/2017

Avant notre départ, en rêvant devant la carte du monde, nous avions appréhendé pas mal de soucis comme la traversée de la Chine, le froid de Mongolie, l’impraticabilité de l’Indonésie en camion, … mais une chose nous semblait tout à fait à notre portée : l’Asie du Sud-Est. Bout de continent idéal et idyllique pour y passer notre hiver! Ainsi, nous n’avions fait aucune recherche particulière sur cette partie du voyage.

C’est en Mongolie que nous apprenons les nouvelles lois thaïlandaises : depuis 2016, le pays, envahi depuis peu par les camping-cars chinois, a décidé de fermer ses frontières à tous les véhicules étrangers! Et zut ! Mais ce n’est pas tout… le Cambodge est accessible mais pour entrer avec son propre véhicule, il faut une autorisation préalable à aller chercher à Phnom Penh ( la capitale !). Donc, il faut laisser son véhicule à la frontière, se rendre jusqu’à Phnom Penh, faire les démarches et revenir ( comptez minimum 5 jours). Et le Vietnam ? Et bien le Vietnam, il faut le permis vietnamien selon certains, ou selon d’autres il faut un chauffeur vietnamien.

Nous avons donc traversé la Chine, en étant certains de pouvoir entrer au Laos… mais après ?!!! Avec notre amie Jane, nous avons rêvé plusieurs fois de changer d’itinéraire, de « shipper » le camion d’un bout à l’autre du monde. Pourquoi pas l’Australie? Oh la Nouvelle-Zélande, c’est beau, non?! Le Japon, la Corée … oui oui mais tout cela est très cher et pour shipper, ben, il faut la mer. Finalement, on se dit que l’on va tenter simplement de passer les frontières. Sur des blogs et des forums, nous avons lu que certains l’ont fait…

  • Être nulle part!
Frontière Cambodge-Laos, côté Laos.
Frontière Cambodge-Laos, côté Cambodge.

Donc, c’est avec beaucoup de culot que nos amis, les Hacquart, après 30 jours au Laos, décident de passer la frontière cambodgienne sans ce fameux papier. De notre côté, nous avons fait l’extension du Visa et du papier d’importation à Vientiane pour 15 jours de plus. Jane et PA jouent les éclaireurs et nous sommes pendus à WhatsApp pour suivre la progression… Bon, c’est mal parti: le Laos leur demande d’aller vérifier s’ils peuvent entrer au Cambodge avec leur CC avant de tamponner le Visa de sortie. Et au Cambodge, la réponse est simple, sans négociation possible : NON. Seulement voilà, le Visa lao est expiré et ils sont coincés dans le No Man’s Land entre les deux frontières.

– Vous êtes où ?

– Nulle part…

Une autre famille française avec deux enfants, dans une situation similaire, les rejoint.

À ce moment-là, nous sommes à Paksé. PA nous appelle pour savoir si on peut les rejoindre pour leur apporter de l’eau et pour parler de sa nouvelle idée… l’idée est de laisser femmes et enfants à la frontière ( moi au Laos, Jane et Emeline dans le No Man’s Land) le temps de permettre aux hommes d’aller jusqu’à Phnom Penh faire ce papier. Pourquoi pas? Il nous le faut aussi ce papier.

No-man’s-land. Camping-car des Hacquart ne pouvant pas passer la frontière du Cambodge.
No-man’s-land. Camping-car des Hacquart ne pouvant plus rentrer au Laos d’où ils viennent.

Mais comment les rejoindre dans le No Man’s Land? Depuis le début de notre périple, nous en avons passé quelques-unes des frontières internationales. Le procédé est toujours le même : se présenter à la douane du pays que l’on quitte, faire la file pour recevoir le tampon, passer le No man’s land pour atteindre la barrière de l’autre côté, vérifications des passeports, des visas, fouille du camion ( même si jusqu’ici, nous n’avons pas eu de vraies fouilles, seulement des agents qui passent la tête pour jeter un rapide coup d’œil ou qui demandent à voir la pharmacie…). Bref, une procédure qui peut prendre de 3H à 8H selon les pays.

Ici, il va falloir expliquer que l’on ne veut PAS tamponner nos visas de sortie mais seulement rejoindre nos amis dans le No Man’s Land. Nous laissons les enfants dans le camion et traversons à pied. En passant devant les agents qui somnolent au soleil, nous leur montrons le pack d’eau et désignons les deux camions un peu plus loin derrière la barrière de frontière. L’agent lève à peine la main pour nous dire d’y aller mais son geste pourrait se traduire par « J’en ai rien à faire ». Ah bon, donc, on peut passer une frontière internationale sans contrôle d’identité … Ok!

Nous repassons quelques minutes plus tard pour aller manger du côté Lao ( ils n’ont pas encore installé de restaurant dans le No Man’s Land), accompagnés des 9 illégaux, devant les agents qui n’ont toujours pas décidé de bouger. Donc , on peut entrer illégalement sur le territoire Lao, sans Visa, au grand jour, sous le regard indifférent des gardiens de frontière. Ok!

Nous mangeons dans un petit restaurant à quelques dizaines de mètres du poste frontière. Nous discutons de l’idée de PA. Je ne m’imagine pas tellement rester ici une semaine avec les 4 A’s. Il n’y a rien à faire et pour rejoindre Jane et Emeline, il faut tout de même traverser une frontière ( même si nous avons compris que cela n’était pas une difficulté en soi). Le préposé à la barrière et un douanier mangent non loin de nous. Vincent et PA finissent par les rejoindre pour boire quelques bières. Donc, on peut se saouler avec des douaniers pendant leur pause. Ok!

Nous retraversons tous la frontière ( les 9 et nous 6!) pour rejoindre les deux véhicules bloqués. Même pas un sourcil levé des douaniers ?! D’ailleurs, où sont-ils passés?!

Chose inattendue : un peu plus tard, un douanier vient nous dire que les deux véhicules garés dans ce qu’ils appellent le « point zéro  » ne peuvent rester là. Les autorités laotiennes l’interdisent. Ah bon?! En vertu de quoi ? Ils ne dépendent plus du Laos, ils ne dépendent pas encore du Cambodge ? Quelles lois pourraient donc les obliger à bouger ? Ils sont libres finalement ! Enfin, euh… Le douanier avance des arguments, insiste avec gentillesse, et parvient à les convaincre de revenir au Laos, en promettant d’annuler le tampon de sortie. Et, puis, lorsque Boulpic et le 4×4 se retrouvent côté lao, le douanier se rend compte que certains visas sont expirés ( alors que cette information lui avait été dite et répétée…).

Retour au No Man’s Land.

Enfin, il est décidé que Vincent, moi et les enfants restons au Laos à profiter de notre extension de visa tandis que nos amis vont faire le papier pour eux et pour nous par la même occasion. Ça, ce sont de vrais amis! Dernière soirée dans le No man’s land pour eux. Et puisque la procédure durera certainement plusieurs jours, il faut vider le frigo.

Ce soir-là, entre le Laos et le Cambodge, trois familles sont réunies autour d’un barbecue à déguster du lard, des salades de légumes, du foie gras sur des toasts et à boire de la bière, en échangeant et en riant sous le regard perplexe des douaniers ( ah ben non. Ils ont de nouveau disparu.). Les 9 enfants sont installés devant un dessin-animé. Le silence de la nuit est ponctué par le gloussement des Geckos et par le bruit des moteurs de l’un ou l’autre véhicule bas qui passent illégalement sous la barrière fermée de la frontière en toute impunité sous le regard des douan… ah ben non, toujours pas!

Nous nous quittons peu avant minuit. Nous rentrons au Laos pour rejoindre le Liber’Thiry. Sans personne pour nous contrôler.

Demain, les deux familles prendront un bus pour Phnom Penh (10h de route) et nous remonterons vers les 4000 îles.

9 thoughts on “Quand les frontières se ferment… partie 1”

  1. Mise au point :Loin de moi l’idée de réinstaller des frontières , au contraire. Je voulais mettre en avant la beauté architecturale des bâtiments des douanes qui sont les portes d’entrée dans ces pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *