Ainsi, nous sommes partis un mercredi 26 juillet à 22H32, à la fin d’une longue journée, dans un état de fatigue indescriptible. Mais nous sommes partis et c’est ce qui compte. Vers l’Est. Enfin, ce soir-là, nous n’avons pas vu grand-chose. A peine une heure après le départ, nous nous arrêtons sur le parking d’une station autoroute près de Liège pour passer notre première nuit dans le camion. Malgré l’excitation du départ, la fatigue a eu raison des enfants et ils se sont endormis rapidement. Nous aussi.

L’aventure commence au coin de notre rue.

Les jours qui suivirent, nous avons traversé l’Allemagne en empruntant les autoroutes les plus directes afin de gagner l’Europe de l’Est au plus vite. Les installations de dernière minute du camion semblent tout à fait satisfaisantes et je ne me lasse pas de m’étonner que finalement nous avons tout ce dont nous avons besoin sur environ 10 m2 : une cuisine avec deux taques au gaz, un petit réfrigérateur, 4 lits pour les enfants, un lit pour nous qui fait table et banquettes la journée, une toilette sèche, une douche portative avec bac amovible à mettre au milieu du camion ( à utiliser si on ne trouve pas mieux), une toute petite machine à laver, 7 grands bacs sous les lits pour les vêtements (dont ceux d’hiver, Mongolie oblige), livres, jouets,… On se paie même le luxe d’avoir 3 étagères du camion remplies de bouquins. Les autres armoires sont chargées de provisions, de bouteilles d’eau, pharmacie, outils et pièces de rechange pour réparer le camion… Bref, je nous sens bien équipés.

Le camion n’avale pas les kilomètres aussi vite qu’on le voudrait. Et les premiers problèmes se manifestent. Nous sommes proches de Berlin quand Vincent sent que le camion perd de la puissance au point de s’arrêter tout doucement. Sur la bande d’arrêt d’urgence, il parvient à faire redémarrer le camion mais celui-ci ralentit de nouveau. On décide qu’il est plus prudent de quitter l’autoroute et sur une route secondaire nous nous arrêtons tant bien que mal dans une allée d’appartement. Vincent identifie vite le problème : le réservoir de gauche est vide. Nous sommes en panne… ce qui ne devrait pas arriver car le Liber’Thiry est équipé de deux réservoirs de 180 litres chacun. Lorsque nous avons acheté le camion en Allemagne, près de Munich, un seul réservoir fonctionnait, celui de droite. Celui de gauche avait été déconnecté car au niveau du plongeur dans la pompe, il y avait un trou. Nous avons donc mis le camion en réparation en Belgique pour bénéficier d’une certaine autonomie (notamment dans la perspective de la traversée de la Sibérie et Gobi). Seulement, nous n’avons jamais eu l’occasion de tester le camion… Donc, les deux réservoirs sont reliés mais seul celui de gauche approvisionne le moteur en essence, moteur qui recrache le surplus dans celui de droite. Ainsi, le réservoir de droite déborde largement et celui de gauche est à sec. Vincent commence à siphonner le réservoir de droite dans des bidons que nous avons en plus, et je le transvase à gauche. Ouf, cela fonctionne et nous pouvons repartir. Nous devons vite trouver une solution car siphonner 100 litres, cela prend beaucoup de temps et justement, le temps c’est précisément ce qui nous manque. Après avoir cherché un garage en Allemagne et avoir analysé les probabilités de se faire comprendre sur un problème aussi technique, nous renonçons momentanément et postposons la résolution du problème à Moscou où nous comptons sur l’aide de Jean-François et sur sa très bonne connaissance de la langue russe. En attendant, nous prendrons une pause par jour pour siphonner et transvaser le diesel. En général, le soir, lorsque je cuisine, Vincent s’y colle.

29/07. L’entrée en Pologne crée un petit événement. C’est la première fois que nous mettons un pied dans ce pays.

Nous nous arrêtons peu après le passage de frontière pour manger. Grâce à Internet et aux dictionnaires en ligne, nous parvenons à commander des plats locaux. Les enfants, à ma grande surprise, apprécient. La traversée de la Pologne se fait sans incident majeur, si ce n’est que le GPS commence à nous lâcher à intervalles réguliers (c’est pas gagné pour la suite !). Heureusement, Vincent a pris la précaution de télécharger sur son téléphone toutes les cartes des pays que nous allons traverser et que nous pouvons consulter hors ligne. Tout doucement, nous nous habituons à notre nouvelle maison mais c’est loin d’être évident. Faire à manger demande du temps et de l’organisation. Tout est là, à portée de main, mais parfois il faut vider les armoires pour accéder à la chose recherchée. Il faut trouver où vider la toilette sèche régulièrement. Les vêtements sales s’accumulent sans que l’on sache trop où les mettre. Les draps de notre lit doivent être stockés quelque part pendant la journée car notre lit, c’est aussi la table et les banquettes où voyagent les enfants. Gentiment, Alex a accepté que nos affaires soient rangées dans sa couchette. A certains moments, l’exiguïté des lieux m’oppresse, ainsi que le bruit des disputes entre les enfants. Je m’énerve un bon coup. Ça passe puis ça recommence… Les enfants, eux, prennent leurs marques plus facilement que nous, me semble-t-il. Cependant, Apolline est déçue. Elle espérait voir de beaux paysages et dormir en pleine nature et nous nous arrêtons souvent sur des stations autoroutes pour passer la nuit. C’est vrai que tant que cela est possible, nous voulons profiter d’installations salubres et faciles et surtout gagner du temps. Chaque douche, dans un endroit propre, est un vrai moment de plaisir. En Pologne, nous faisons halte dans la ville de Wroclaw et nous la visitons de nuit (voir l’article de Vincent). Une petite pause qui fait du bien à tout le monde.

Tellement d’autres lieux auraient mérités notre attention mais nous ne pouvons nous permettre de prendre plus de retard. Cependant, lors d’une pause midi, nous nous immobilisons un long moment au bord d’un lac pour admirer la vue et nous décidons d’y faire une promenade. Les enfants ont envie de se baigner mais nous sommes encore trop pris par le temps. Cela m’agace un peu… Ne voulions-nous pas justement « prendre le temps » plutôt que de courir après lui ? Les enfants boudent un peu et moi, je râle de les voir mécontents.

Le 31 juillet vers 17H, nous entrons en Lituanie. Ce soir-là,  au moment où je passe dans la cellule pour mettre les enfants au lit, je me rends compte qu’il fait bien plus frais que les autres jours. Si d’abord je m’en réjouis, je ne tarde pas à me rendre compte que quelque chose ne va pas. Quelle n’est pas ma surprise de constater que nous avons perdu la vitre qui se trouve au-dessus de la cuisine. Oui, oui ! nous avons perdu une vitre. Impossible de savoir de quelle manière cela s’est produit. Le résultat est là : il fait froid et je nous sens nettement moins protégés, du coup. Pour l’instant, je punaise un essuie sur le trou béant. Et si dans un premier temps, nous envisageons de nous arrêter dans un garage pour trouver une nouvelle vitre, la barrière de la langue nous en dissuade. Déjà le fait de demander de l’eau non gazeuse, c’est pas gagné… Encore une chose que nous réparerons à Moscou. Nous décidons de dormir dans une station essence qui a un robinet extérieur pour remplir le réservoir d’eau (autre souci quotidien). Le lendemain, nous faisons une halte près d’un joli lac et c’est l’occasion d’une promenade digestive. Sur le chemin, Alex marche malencontreusement sur l’arrière de ma sandale qui se déchire complètement. Bon, j’en achèterai une nouvelle paire à Moscou, hein ?! Quoiqu’il en soit, le point de vue en vaut la peine. De nouveau, les enfants veulent se baigner. De nouveau nous refusons, en promettant que nous finirons bien par dire oui ! Et nous reprenons la route.

Parfois, je prends conscience que nous sommes peut-être fous d’avoir entraîné notre famille là-dedans. Et toute une série de peurs absurdes me submerge. J’entends les personnes bien intentionnées qui nous mettaient en garde contre les maladies, le froid, les moustiques, les bêtes sauvages, les bandits,… Il va falloir apprendre à dompter nos peurs.

8 thoughts on “Entre Villeroux et Moscou : quand le Liber’Thiry part en morceaux ;-) Partie 1”

  1. Aie, j’espère que le tonton des enfants à trouver un garage compétent pour résoudre le problème du camion 🙂

    Biz à la famille 🙂

  2. Salut Stéphanie,
    Je vous envoie des pensées positives, une petite vitre, un nouveau GPS, un réservoir connecté … j’espère que je n’oublie rien.
    Pour l’espace et le temps je ne peux rien faire pour vous… mais profitez-en à fond !!!
    Belle route
    Philippe

  3. Et bien dis donc.. C’est déjà l’aventure on dirait… Mais que c’est gai de vous lire! Et malgré les galères de voir que tu gardes ton positivisme. C’est une sacrée sortie de la route confortable c’est certain, mais quel enrichissement.. Je suis certaine que vous avez bien fait et que ce voyage vous réserve encore plein de bons moments, de plongeons dans les lacs et de belle rencontres. Des bisous de LLN tout gris.

  4. Et bien et bien quelle aventure dès le départ….Je (on) vous envie vraiment malgré les embûches …. Un vrai roman. J’attends de lire la suite.
    Bonne continuation.

  5. quelle aventure! j’espère que vos ennuis se résoudront, malgré une bonne préparation,il y a toujours des imprévus, je vous embrasse

  6. Hé ben Stéphanie, si ça démarre ainsi, il va falloir prendre deux ans de congés à votre retour, pour que tu puisses écrire le roman de toute votre aventure ! J’espère que de beaux moments de poésie et de rêve vous attendent, avec le temps pour les savourer à l’aise. Bisous à toute la tribu !

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